XIV.
Elle avait toujours imaginé que Chiara était la plus directe, mais ce fut Julie qui vint la relancer. Elle passa chez elle en début de soirée après le travail, avec un plat maison qu'elle voulait partager, car "elle en avait fait beaucoup trop".
Elle lui demanda bientôt si elle avait réfléchi à leur proposition, expliquant que c'était une idée qui les taraudait depuis un moment déjà et qu'elles avaient longuement discuté du déclin de leur libido avant d'admettre toutes deux qu'elles étaient attirées par M.J.. C'est ainsi que l'idée avait pris forme, peu à peu. Pas sérieusement d'abord, les deux femmes n'imaginaient même pas le lui proposer. La simple évocation purement fantasmée de ce possible trio leur avait permis de retrouver des nuits plus ardentes pendant un temps. Mais très vite, l'évocation n'avait plus suffi et elles avaient fini par envisager sérieusement le passage à l'acte.
— Bien sûr nous comprendrions que tu ne souhaites pas le faire. Nous avons bien vu que tu aimais séduire des femmes et nous sommes aussi plutôt d'accord sur une autre idée...
Elle laissa sa phrase en suspens, suscitant le regard interrogateur de M.J..
— Une autre idée ?
Elle étaient installées dans la cuisine climatisée, sur des chaises se faisant face. Julie se leva et se dirigea vers M.J.. Elle s'installa à califourchon sur ses genoux, l'enlaçant tendrement et lui susurra :
— Puisque nous sommes toutes les deux attirées par toi, nous pensions que nous pourrions aussi avoir chacune aventure avec toi...
M.J. ne s'y attendait guère. Elle savait que Chiara l'avait toujours désirée avec une ardeur contrôlée, mais elle n'avait jamais imaginé qu'il en fût de même pour Julie, et encore moins que cette dernière agirait en conséquence. Son décolleté était maintenant sous ses yeux et elle pouvait sentir son parfum fleuri mais léger. Julie lui passait la main dans les cheveux ; elle s'était reculée pour la couvrir de son regard brillant de désir. Jamais elle ne lui avait paru si belle. Presque inconsciemment, elle posa une main sur sa cuisse nue et la fit glisser jusqu'aux pans de sa courte jupe. Le contact du tissu agit comme une barrière et elle ne poursuivit pas son geste, un coin de sa conscience lui intimant de reprendre le contrôle. Toutefois, son autre main enserrait déjà la taille de Julie, la faisant glisser plus sur son giron. Elle était hypnotisée par ses yeux aguicheurs et se laissa embrasser. Mais tandis qu'elle glissait sa main sous le T-shirt de M.J., Julie murmura :
— Chiara ne nous en voudra pas de commencer sans elle...
Le prénom de la troisième jeune femme ramena M.J. à ses sens et elle saisit Julie par les bras, la repoussant doucement mais fermement.
— Moi au contraire je pense qu'elle nous en voudra.
Elle était toujours un peu grisée du contact de la belle Julie mais sa résolution ne vacillerait plus. Julie tenta encore de la séduire, en vain.
— J'avais sérieusement envisagé de répondre par l'affirmative à votre invitation mais j'avoue que je me remets à douter..., lui révéla alors M.J..
Julie était un peu déboussolée elle aussi, car elle avait bien senti combien M.J. avait eu envie d'elle quelques minutes auparavant.
— Je t'assure que Chiara et moi sommes tombées d'accord pour le plan à trois ou des liaisons chacune de son côté avec toi.
— Je n'en doute pas, mais Chiara sait-elle que tu es ici avec moi ? Si j'ai bien suivi ton explication, la solution double liaison était plutôt le plan B puisqu'il s'agissait plutôt de rebooster votre vie sexuelle en couple. Et puis j'ai vu Chiara l'autre jour en tête à tête et elle n'a rien essayé du tout... Je ne sais pas, je ne me sens pas honnête en cet instant précis...
— Je rêve...
— Hum ?
M.J. était intriguée par l'expression de Julie, qu'elle ne parvenait à déchiffrer. Julie lui prit le visage entre les mains et plongea son regard dans le sien.
— Peux-tu m'affirmer que si c'était Chiara qui se tenait là à ma place, tu aurais eu les mêmes scrupules ?
M.J. cilla et ne répondit pas, ce qui en dit assez long pour Julie. Elle se leva et remit ses vêtement en ordre avant de se rasseoir sur la chaise qu'elle avait laissée inoccupée peu avant. Elle fixait toujours M.J. de son regard limpide et sans concession. Elle finit par déclarer après d'interminables minutes :
— Quand Chiara t'a connue, j'ai tout de suite vu qu'elle te plaisait, mais comme tu t'es mise à draguer d'autres filles sans même essayer de séduire ma copine, je me suis dit que tu t'étais fait une raison. Nous sommes même devenues amies et j'ai bien remarqué que tu me matais autant que les autres, Chiara comprise. J'avoue que je suis sidérée...
M.J. ne voyait toujours pas où elle voulait en venir et elle le signifia à sa compagne.
— Après tous ces mois à séduire toutes les femmes de ton entourage ou presque, y-compris moi d'une certaine manière, tu es toujours amoureuse de Chiara !
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J'kaz !

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