• En attendant la sortie du roman (bientôt :D ), je vous propose de découvrir le prologue. Bonne lecture ! (N'hésitez pas à cliquer sur les images pour un plus grand confort de lecture ^^)

     

    Prologue

    Il était une fois avait toujours été la boutique préférée de Morgana. C’était une échoppe intimiste, remplie d’un bric-à-brac hétéroclite. Le seul point commun de toutes ces marchandises était qu’elles avaient une histoire. La propriétaire des lieux, Belinda, une sorcière de longue lignée mais dotée d’un unique pouvoir, se plaisait à raconter à ses clients comment un objet lui était parvenu et surtout ce qu’il avait vécu auparavant. C’était devenu sa spécialité car son unique don – qu’elle maîtrisait mieux que quiconque – était la psychométrie. Peut-être en compensation de son manque d’aptitude dans l’ensemble des autres arts magiques, Belinda était en mesure d’accéder aisément au passé même lointain de ce qu’elle touchait. Un don unique et exceptionnel, mais souvent jugé sans valeur car, contrairement à la voyance, il ne permettait nullement d’influer sur le monde à venir. Elle avait bien été contactée par les services de police qui espéraient grâce à elle résoudre les affaires les plus complexes ; toutefois, elle avait rapidement dû se rendre à l’évidence : elle ne pourrait passer sa vie à voir se rejouer d’horribles scènes de crimes. Profitant d’un héritage conséquent, elle avait pu ouvrir Il était une fois, boutique unique lui permettant d’exploiter son pouvoir atypique de façon plus agréable.

    Lorsqu’elle était adolescente et qu’elle avait du temps libre, Morgana adorait y passer de longues heures. Elle appréciait la compagnie de Belinda et surtout comme la vieille femme lui contait les « aventures » vécues par certains objets : une dague possédée par un chevalier vaillant, le voile d’une princesse disparue, la chevalière d’un vampire d’un elfe… Morgana trouvait ces histoires plus fascinantes encore que celles des livres, qu’elle lisait pourtant avec un plaisir toujours renouvelé.

    Plus de quinze ans avaient passé et elle avait appris que Belinda était décédée ; aussi fut-elle très étonnée de retrouver la boutique toujours ouverte. Comme elle se tenait immobile devant la vitrine, son fiancé exprima sa surprise :

    « Que t’arrive-t-il ?
    — C’est un lieu plein de nostalgie…
    — Ah oui ? Je ne savais pas que tu aimais les vieilleries… Bah, nous avons du temps après tout, si tu veux y faire un tour… »

    A son ton, Morgana comprit immédiatement que l’idée ne l’enchantait guère. Mordred était le fils et héritier unique d’une très riche famille de nécromanciens et l’idée d’acheter d’occasion devait lui sembler bien incongrue. C’était tout lui d’essayer de se montrer magnanime de cette manière, de faire comme s’il était prêt à tous les sacrifices pour elle alors qu’il ne s’agissait que de passer quelques minutes dans un magasin… Elle l’aimait sincèrement mais certains aspects de sa personnalité l’exaspéraient. Morgana franchit le seuil de la boutique, en partie dans le but de l’agacer.

    Les lieux n’avaient guère changé pourtant l’atmosphère n’étaient pas aussi chaleureuse que dans son souvenir. En inspirant, elle ne retrouva pas le mélange d’encens et de thé aux épices qui donnaient vie à la boutique de sa jeunesse. L’endroit lui parut triste et poussiéreux et elle ne put même pas en vouloir à Mordred de se mettre à tousser avec ostentation.

    Un homme d’âge indéfinissable se présenta devant eux, leur offrant des renseignements. Morgana expliqua sa présence et l’homme sourit.

    « Je ne prétends pas avoir le talent de Belinda en psychométrie, donc je ne pourrai vous donner autant de détails sur mes acquisitions, néanmoins il me reste aussi des objets dont elle a elle-même fait la psychométrie. La plupart sont des objets de collection d’ailleurs, dont de nombreux artefacts maudits restitués récemment par le Ministère après une longue période de… « décontamination » dirons-nous. Si vous voulez bien me suivre dans la section spéciale… »

    Mordred jaugea l’homme et son regard en disait long sur ce qu’il pensait de ses affirmations, mais son âme de collectionneur ne pouvait décemment laisser passer l’occasion de peut-être trouver une perle rare au beau milieu de ce fatras prétendument authentique. Il suivit donc le gérant et Morgana vers les rayonnages qui se trouvaient derrière un épais rideau. Après quelques minutes de recherche sans conviction, il finit par se planter devant une vitrine pour s’esclaffer :

    « Authentique ça ? Il n’est même pas rouge ! »

    Morgana s’approcha et lut sur l’étiquette « Véritable Chaperon Rouge Originel » ; elle comprit immédiatement la réaction de Mordred puisque le chaperon exposé était d’un noir infini, si profond qu’il semblait vous happer et mettait la jeune femme mal à l’aise.
    Le commerçant s’approcha et proposa une explication :

    « Ma foi, la véritable histoire du chaperon reste méconnue. Moi-même, avant de lire la psychométrie de Belinda, j’en ignorais les tenants et les aboutissants. Je comprends toutefois que le Ministère soit peu enclin à diffuser une histoire aussi horrible…
    — Comment ça ? »

    C’était Mordred qui voulait en savoir plus ; à force de regarder le chaperon, il avait ressenti quelque chose qui en émanait et qui l’intriguait, que ce soit l’original ou non. La mention d’une histoire « horrible » titilla plus encore sa curiosité, car il avait un goût prononcé pour le sinistre, déformation professionnelle sans doute.

    L’homme évalua le couple du regard puis sembla se décider :

    « A vrai dire, je doute que mes mots suffisent… Heureusement, pour les objets de ce genre, Belinda en référait toujours au Ministère des Arts Thanatotiques qui enregistrait ses psychométries dans des rapports détaillés. C’est d’ailleurs pour cela que certains objets ne sont revenus au magasin que bien après son trépas… Enfin, ce que je veux dire, c’est que je peux me connecter sur le site du Ministère et télécharger le rapport officiel correspondant à cet objet. Il n’est pas confidentiel, mais le Ministère ne cherche pas non plus à le promouvoir en toute honnêteté…
    — Ce rapport serait sur le site officiel en accès libre ?, l’interrompit Mordred.
    — Tout à fait, si vous me donnez un instant, je pourrai-
    — Inutile, j’ai mes propres identifiants, le nécromancien déclara-t-il d’un air suffisant tandis qu’il se saisissait de son smartphone pour se connecter. Il tapa « Belinda » et « chaperon » dans le moteur de recherche interne et trouva immédiatement l’archive qui les intéressait.

    Prologue

    Prologue

     
     Une note sur le site précisait que le chaperon avait été restitué au propriétaire de la boutique Il était une fois seulement deux mois auparavant. La curiosité de Mordred était désormais piquée pour de bon et Morgana savait qu’ils ne ressortiraient pas sans l’artefact. Elle doutait toutefois de l’efficacité du rituel de purification car la cape semblait encore empreinte d’une sombre aura.

    « Comment puis-je être certain qu’il s’agit bien du même chaperon ? »

    Mordred n’avait pas encore baissé sa garde complètement, sans doute parce que le marchand n’inspirait vraiment pas confiance. Celui-ci prit un air offensé.

    « Cher Monsieur, la réputation de notre boutique repose sur l’authenticité de tous nos produits ! Mais si vous avez un doute, je peux sortir l’étoffe de sa vitrine ; un connaisseur tel que vous ne manquera de percevoir les ondes l’entourant… »

    Cette remarque eut l’effet escompté et Mordred lui demanda aussitôt de s’exécuter. Une fois la vitrine ouverte, l’air sembla se raréfier dans l’échoppe. Il n’y avait aucun doute possible quant à la nature du chaperon et Mordred commença à négocier le prix de sa très prochaine acquisition. Comme Morgana s’étonnait qu’un objet si ténébreux ait été remis en circulation, le commerçant expliqua que la purification n’avait en effet pas été aussi complète qu’initialement prévu ; toutefois, une nouvelle évaluation avait révélé que la malédiction était désormais de catégorie 3, niveau acceptable pour la libre circulation des objets de collection.

    Contrairement à son fiancé, la jeune femme n’était pas versée dans les arts obscurs, aussi décida-t-elle de faire une recherche en ligne pendant que celui-ci finalisait son achat. Cela lui apprit qu’il y avait 6 catégories :

    Prologue

     

    Comme Mordred sortait tout fier de la boutique, elle lui fit part de ses réserves quant à la catégorie 3, puisque la mort n’était pas à exclure. Il ne sembla pas perturbé :

    « Oui ça arrive mais là je sais à quoi j’ai affaire, je vais me contenter de la remettre sous vitrine et ce sera une affaire réglée ! Tu sais, les objets maudits fonctionnent surtout par contact, donc tant qu’on se contente de les remiser, ils perdent de leur pouvoir…
    — Et toi tu prends cette chose à la main ? Tu crois vraiment que c’est une bonne idée ?
    — Je l’ai tenue quelques minutes à peine et elle dans un emballage maintenant, il n’y a rien à craindre !
    — Rien à craindre, rien à craindre… Il y a encore quelques années, ce truc tuait des gens.
    — C’est bien ce qui m’intéresse. Bien canalisée, cette énergie résiduelle pourrait m’aider dans mon travail…
    — Je croyais que c’était pour mettre sous clef !, Morgana s’alarma-t-elle.
    — Oui, oui, pour le moment, mais quand j’aurai fini ma formation, ce n’est pas une petite malédiction de niveau 3 qui pourra me faire peur.
    — C’est pour ça ta collection ?
    La jeune femme avait toujours cru à un simple loisir, et découvrir que son compagnon était plus ambitieux encore l’inquiétait un peu.
    — En partie, oui. C’est aussi parce que je trouve fascinant qu’un simple objet puisse s’imprégner d’une volonté. Ou de plusieurs, comme c’est le cas ici apparemment. Je peux réanimer les morts, mais ce sont des coquilles vides ; ces objets, c’est l’inverse : ils sont inanimés mais ils ont indéniablement une âme… J’avoue que je trouve ça passionnant ! »

    Elle dut admettre que son raisonnement se tenait, mais elle ne se sentait pour autant pas très à l’aise à l’idée d’avoir une telle collection près d’elle en permanence.

    « Promets-moi de garder tout ça à ton bureau s’il te plaît !
    — Morgana, voyons, il n’y a aucune raison d’avoir peur…
    — Bien sûr que si, et tu le sais aussi bien que moi ! Je n’ai pas du tout envie de vivre en me demandant si le moindre souci vient d’un de tes objets fétiches. Et si nous avons des enfants, ce n’est pas idéal non plus. Tu sais bien que ça trouve toujours le moyen de mettre ses mains là où il ne faut pas un gosse ! »

    Dans la voiture qui les menait vers le domaine familial, Mordred tenta de la convaincre mais dut finalement accepter pour voir sa douce finalement apaisée. Son sourire soulagé fut la dernière chose qu’il vit.

    Prologue

     

     

     


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  • A PROPOS DE RUICHAN

     

     

    ruichan (tout en minuscule, c'est fait exprès ^_^) est une auteur de nationalité française mais qui se sent très internationale tant par ses origines métissées que par son parcours. Elle écrit depuis qu'elle sait tenir un stylo (heureusement elle a fait des progrès depuis !) et aime s'essayer à des styles divers et variés, même si certains genre ont sa préférence.

    Sa spécialité reste la fiction courte, voire très courte avec des micro-nouvelles, mais elle ne désespère pas de pouvoir un jour écrire un roman, voire une série si elle parvient à faire se poser son esprit vagabond... Très éclectique, elle avoue volontiers préférer écrire de la fiction érotique par-dessus tout.

    Elle aime beaucoup travailler en lien avec des artistes d'horizons différents et qui s'avèrent en retour une véritable source d'inspiration pour elle qui se contente de gribouiller. D'ailleurs elle rêve de créer un jour des titres pour la jeunesse qui laisseraient plus de place à ses collaborateurs.

    Enseignante indépendante par ailleurs, elle donne des cours de français, d'anglais et de japonais ; elle reste aussi une étudiante dans l'âme et cherche toujours à apprendre de nouvelles choses. 
    Sur ce point, elle souhaite proposer des guides pédagogiques originaux et qui permettent de travailler "clefs en main" ; elle y travaille pleinement jour après jour, ce qui s'avère un défi très stimulant. 

    Mais pas question pour autant de délaisser ses idées folles de récits coquins ou tordus !

     


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